L’association Ch’faid travaille sur le passé mais est tournée vers le présent.

Film

C’est pourquoi elle a développé un travail avec les jeunes issus de la troisième génération d’immigrés qui souhaitaient mettre en scène, à travers un film documentaire, l’histoire de l’immigration dans le bassin minier. Ce film, réalisé avec l’association Tribu, part des questionnements de ces jeunes pour raconter l’histoire de leurs parents et de leurs grands-parents et ainsi les aider à poser un regard nouveau sur le présent.

L’avant-première du film aura lieu le vendredi 10 février 2017 à 19h30 au Métaphone de Oignies (entrée gratuite)

 «Un figuier au pied du terril » dresse la carte d’un territoire humain délimité par les deux mots-clés de son titre. Le terril rappelle forcément les mines et la « grande histoire » qui y est associée. Quant au figuier, il trône dans le jardin de Nanass, une vieille femme algérienne arrivée dans la région au lendemain de la guerre d’Algérie.

Naïm, petit-fils de Nanass, ouvre une vieille valise bleue ayant appartenu à son grand-père mineur décédé. Le contenu de celle-ci en fait à la fois un héritage familial et l’archive miniature d’une identité collective marquée par les rapports de domination : carte de la CGT, photos, lettre où il est question de 11 morts survenues lors d’un accident à la mine…

Archéologue de l’histoire méconnue de son aïeul, Naïm se fera aussi libérateur de parole, en incitant sa grand-mère à relater ses souvenirs refoulés. C’est par la bouche de cette mémoire vivante qu’on apprend que les baraquements qui servirent longtemps de maison aux familles des mineurs abritèrent jadis des prisonniers de guerre allemands qu’on faisait travailler à la mine.

Le montage relie fréquemment Nanass à Hélène, l’autre grand-mère du film, qui est d’origine polonaise. Survivantes lucides et discrètement charismatiques, leurs témoignages lèvent le voile non seulement sur la domination masculine qu’elles ont toutes deux connue mais aussi sur les conséquences de la froide logique exploitatrice des Houillères du bassin minier (avec la non-reconnaissance systématique des cas de silicose), ainsi que la ségrégation résidentielle et la discrimination que les enfants et petits-enfants de Nanass continuent de subir.

Cette parole féminine à deux voix trouve son contrepoint dans les propos de M. Renard, qui fut soldat dans l’armée coloniale avant d’être employé par les Houillères pour encadrer le quartier des Six Drèves. Bien plus qu’un simple témoin, il est l’incarnation de la gestion coloniale de la population ouvrière, et par extension du discours officiel des Houillères.

Mais le jardin est surtout le domaine de l’arbre éponyme, qui a l’âge du séjour de Nanass en France et qu’elle continue de chérir même si le froid l’empêche de donner des fruits. La dialectique du film se fait dès lors poésie. Il est en effet difficile de ne pas voir en l’humble arbre du Sud transplanté dans la terre du Nord l’allégorie de la famille de cette grand-mère épatante, à jamais déracinée mais toujours debout, qui continue d’espérer les beaux jours où son « arbre généalogique » pourra enfin donner pleinement ses fruits…

Ci-dessous 4 extraits du film :